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Par l'édition de ce beau livre, ASIA (André Soubigou Impressions d'Arts) apporte son concours déterminant à la valorisation et à la promotion de l'uvre de Georges Geo-Fourrier. Cet engagement significatif mérite d'être souligné. Quant à moi, il m'est difficile, comme Bigouden, de départager les raisons premières qui m'ont conduit à aimer l'uvre de Geo-Fourrier. J'ai d'abord été frappé par les similarités sensibles et observables entre l'uvre et l'épaisseur des terroirs bretons, mais aussi par le regard décapant de l'artiste, le reflet d'une époque avant l'adaptation aux mutations techniques et économiques. Au cur de sa recherche, les estampes sont le condensé de sa pensée esthétique. Il a étudié les maîtres japonais, à la recherche de leur savoir-faire, en assimilant leur technique. Chez Geo-Fourrier, le sujet incarne une attitude qui se révèle par des postures et par ses choix de la stylisation. Son dessin inspiré, habile et vigoureux, allie virtuosité et précision. Il invente un rapport étroit entre le temps, le tissu social, l'espace et la couleur. Ces séries d'estampes des années 1930 aux lignes sobres, parfois sévères, âpres, mais magnifiques, sont une réponse sans artifice à l'incompréhension de ses détracteurs. Georges Geo-Fourrier a fixé ses amarres à Saint-Pierre-Penmarc'h, à la lisière du continent. Étranger, il a regardé le pays dans les yeux et s'est attaché à une population agrippée à sa péninsule de granit, toute entière tournée vers le large. A travers le filtre de son tempérament, il a capté l'esprit du temps et révélé un essentiel saisissant de vérité. Dans le paysage pictural breton, il est solitaire, ou presque, parce qu'il a su développer un langage personnel et novateur. Par son ardeur à vouloir être breton, il a préservé des racines profondes et sincères, et c'est aussi pour cela que s'impose la permanence de son talent. Sans se soumettre aux modes,
il crée son univers avec les gens du quotidien. C'est pourquoi
des motifs, en apparence galvaudés, sont avec lui chargés
d'une nouvelle signification. Réfractaire aux vux de
son éditeur, il a rejeté les compositions gracieuses
de l'illustration facile et donné à la carte postale
d'artiste sa légitimité comme moyen d'expression moderne.
Dans cet ouvrage, à l'heure où les systèmes d'évaluation
de la peinture sont un peu fatigués, le dernier mot revient
à Geo-Fourrier. Il est resté fidèle à
ses choix esthétiques au détriment des facilités
et des goûts du moment, ne cherchant ni à séduire,
ni à s'inscrire dans une démarche exclusivement commerciale. Bernard LE FLOC'H |
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