La section Religion

 
Bureau : Président : Louis Elegoët, Vice-Président : Suzanne Le Rouzic, Secrétaire : Georges Provost.

La section "Religion" de l'Institut Culturel de Bretagne se veut un lieu d'observation scientifique - et donc non-confessionnel, quelles que soient les positions privées de chacun de ses membres - des phénomènes religieux en Bretagne. Elle entend analyser un héritage religieux, dans sa dimension historique comme dans ses recompositions actuelles : sa démarche est donc tantôt celle de l'historien, celle de l'ethnologue ou du sociologue. Son champ d'observation est à la mesure de l'importance qu'a tenu la religion, jusqu'à une date récente, dans la société et la culture bretonnes : "Du patrimoine monumental aux grandes options, en particulier en matière scolaire ; de la littérature bretonne à la révolution des campagnes à partir du milieu du 20e siècle, il est peu d'aspects de la vie et de la conscience des Bretons qui ne soient marqués, de près ou de loin - en pour ou en contre - par les comportements religieux" (Michel Lagrée). L'inventaire qui suit vise à donner un bref aperçu de cette variété.

1.- la force des structures d'encadrement religieux - la paroisse et ses emblèmes (clochers, bannières, orfèvrerie...), de ses origines jusqu'aux "redéploiements" en cours actuellement ; - l'importance considérable du clergé paroissial, nombreux et influent jusqu'à la fin du 20e siècle : recteurs (ainsi appelle-t-on dans presque toute la Bretagne les curés des paroisses), mais aussi vicaires, pendant longtemps beaucoup plus nombreux qu'ailleurs ; - la vitalité des congrégations : des abbayes du haut Moyen Âge aux congrégations enseignantes ou missionnaires des deux derniers siècles.

2.- la présence particulièrement dense des repères religieux dans l'espace - églises et leurs annexes (enclos paroissiaux ; vitraux, statuaire, retables) ; - chapelles, fontaines ; - croix, calvaires, mégalithes christianisés ; Ce patrimoine monumental n'est évidemment pas envisagé prioritairement pour sa dimension artistique mais pour ce qu'il peut apprendre des comportements et des sensibilités religieuses (ex. : l'attachement pour les chapelles dont témoignent aujourd'hui les restaurations menées par les associations).

3.- les croyances et pratiques, notamment celles qui peuvent présenter une spécificité bretonne : - les saints : leur place dans la toponymie, l'importance des documents hagiographiques (les Vitae) pour l'histoire de Bretagne, les formes de leur culte ; - les pèlerinages, les pardons : du Moyen Âge à la relance récente du Tro-Breiz ; - les pratiques funéraires et les attitudes devant la mort : d'hier à aujourd'hui ;

4.- une pédagogie religieuse intense, surtout à partir du 17e siècle - la littérature de piété, notamment en langue bretonne, telle la Buhez ar Zent, Vie des saints dont la lecture était autrefois de rigueur, en tout cas dans les secteurs les plus "dévots" du pays ; - les missions, depuis les initiateurs du 17e siècle (Michel Le Nobletz, Julien Maunoir, Louis-Marie Grignion de Montfort) jusqu'à leur effacement vers 1970 : particulièrement les tableaux de mission (taolennoù) qui ont modelé, trois siècles durant, la conscience religieuse des populations bretonnantes ; - les cantiques, bretons ou français ; - aujourd'hui, de nouveaux média, telles les radios diocésaines

5.- une action sociale qui fut décisive, surtout dans la modernisation de la société bretonne aux 19e et 20e siècles - l'enseignement et l'information : l'école, la presse - le domaine économique et social : coopératives agricoles, caisses de crédit, banques, syndicats, mouvements de jeunesse dont la JAC fut en Bretagne la plus influente ; - le catholicisme et les loisirs : sous l'angle de la répression (danses, veillées, etc...) mais aussi de l'introduction contemporaine de nouvelles formes : patronages, cinéma, sports...

6.- des personnalités remarquables, à un titre ou un autre - personnalités d'exception : sans vouloir dresser un palmarès, Yves Hélory, Julien Maunoir, François-René de Chateaubriand, Jean-Marie et Félicité de Lamennais, Ernest Renan ou Jean Daniélou fournissent des exemples évocateurs ; - des "hommes d'influence" plus modestes mais qui ont joué un rôle important à leur échelle : vicaires de patronages, aumôniers d'Action catholique, etc.

7.- les diversités au sein du catholicisme : - diversités régionales : régions ferventes et régions plus tièdes, du 18e siècle à nos jours ; - diversités de sensibilité politique : catholiques "bleus" ou "blancs" après la Révolution, et leurs prolongements ultérieurs ; - diversités de sensibilité religieuse : traditionalisme ou progressisme aux 19e-20e siècles ;

8.- les manifestations de rejet du catholicisme, souvent d'autant plus radicales qu'elles sont minoritaires et que leur expression a longtemps été difficile : - minorités non catholiques : notamment protestantes, du 16e siècle à nos jours ; - le vaste dossier des anticléricalismes : hommes, structures, contenu, pratiques.

9.- derrière nombre de ces thèmes, on devine la question des rapports entre religion et identité bretonne. Cette question très délicate, la section cherche à l'aborder de la manière la plus complète et la plus sereine, sous deux angles bien distincts : - les discours qui ont été tenus autour de ce rapport : notamment les formalisations théoriques élaborées par le mouvement breton d'inspiration catholique (dont on connaît l'adage : Ar brezhoneg hag ar feiz zo breur ha c'hoar e Breizh : le breton et la foi sont frère et sœur en Bretagne) - les images et stéréotypes sur la "Bretagne dévote" : leur construction progressive, leur diffusion, en Bretagne comme à l'extérieur, à travers nombre de média (littérature, art, presse...) ; - l'observation loyale des réalités d'hier et d'aujourd'hui : dans quelle mesure la Bretagne s'est-elle singularisée par ses comportements religieux, justifiant ainsi l'image d'une civilisation originale et volontiers coupée du monde extérieur ? Dans quelle mesure aussi la religion a-t-elle été, au contraire, un élément d'insertion dans un univers plus large, voire d'ouverture et d'influence internationale (on pense notamment ici au rôle des milliers de Bretons dans les missions étrangères) ?

Ce très large inventaire entend donner un aperçu de la multiplicité des intérêts de la section et de la démarche qui l'anime. En témoignent un certain nombre de travaux menés depuis 1985 :

- trois publications intitulées Bretagne et religion (1990, 1997, 2002), recueils d'articles issus des communications présentées par les membres lors des réunions (deux fois par an), souvent à l'occasion de la visite d'un site ou d'un monument caractéristique ; - la co-édition, en 1990, du Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, t. 3 : La Bretagne, sous la direction de Michel Lagrée. Ses notices présentent 564 personnalités ayant joué un rôle dans la vie religieuse - au sens large - de la Bretagne, de 1800 aux années 1690 ; - l'initiative d'une base de données informatique sur les saints bretons, visant à présenter, avec toutes les garanties scientifiques, ce que l'on peut aujourd'hui savoir de leur vie et des formes multiples de leur culte, au sens très large. - l'organisation d'une journée d'études "Attitudes autour de la mort en Bretagne (20e-21e siècle)", tenue à Saint-Brieuc le 12 avril 2003 (actes disponibles).